De l'amour ? Même pas en rêve !

Publié le par whybec


Bon sang, mais quel rêve !

Cette fille n'avait rien à voir avec les quelques nanas que j'ai pu rencontrer. Je parle de rencontres intimes. Elle était fine, de corpulence mince, des cheveux longs, des gestes d'une classe incroyable. Elle devait être britannique. Elle parlait donc avec une mélodie exotique. Une mélodie qui m'évoque une certaine classe, un raffinement. Le genre de truc dont il est vrai, je suis assez friande. Drôle de personnage, drôle d'amante alors que j'ai plutôt rencontré jusque là des personnes à la démarche pataude, plutôt « bien sur terre » avec leurs formes généreuses, et j'oserai dire, dont la délicatesse et la classe n'ont que rarement été des atouts.

Je m'autorise, comme beaucoup de gens, à m'endormir dans des mondes et des scènes que je ne vivrai jamais, bref, un espace de liberté total, qui n'existe qu'entre la fin de mes journées et le début de mes nuits. Mes rêves sont souvent tout autre, et ne reflètent jamais « l'univers idéal » dans lequel je souhaiterai me trouver pour l'heure.

Cette fille, je devais forcément avoir un lien intime avec elle. Nous étions en haut d'une colline, il faisait jour, et pour la première fois, je suis sure d'avoir rêvé en couleurs. Elle était assise, me touchant, me parlant, mais comme « inquiète » de mon inertie. A me demander ce que j'avais. J'étais tout simplement silencieuse et ne bougeais d'un millimètre. Il me semblait fuir quelque chose dans mon rêve, ou quelqu'un, je ne sais pas. Les rêves ont cela de spécial qu'ils ont un scénario rédigé sur le fil des « impressions », des « sentiments ». Ainsi, se laver les dents peut avoir vouloir dire dans un rêve « je faisais l'amour ». La seule certitude valide la véracité des faits, même si les événements n'ont aucun rapport avec les costumes dont ils se revêtent. Cette fille se tenait en face de moi, si douce, et si attentionnée. Le genre de personne qui connaît la marque de mon jus d'orange du matin, et celle mon thé préféré. Oui mais voilà, je n'éprouve rien pour ses gestes, rien pour sa voix, rien pour sa beauté, je n'éprouve tout simplement rien. Je voudrai lui dire qu'elle parte, qu'elle me laisse, qu'il n'y a plus rien entre nous. Je ne pipe mot, je ne bouge pas, et un agacement monte en moi à mesure qu'elle se rapproche. « Ici », je sais que je suis en danger, que je dois m'enfuir, pas forcément « la » fuir, mais partir. Je dois avoir mis là, sur cette colline, un temps de repos dans ma cavalcade, mais je dois reprendre ma route. Je fais un tour sur moi-même, et je vois sur la route d'en bas, une citerne « folle », qui dévale la route a reculons, comme si elle s'était détachée de l'engin qui la tractait. Elle file de plus en plus vite vers nous. Ce qui est en fait impossible « dans la réalité » : du fait que nous sommes dans une hauteur, elle ne pourrait pas remonter jusqu'à nous. Mais les rêves se tricotent si vite, que le scénariste n'a pas le temps de prendre en compte toutes les règles de la réalité. Je me sens envahie par un sentiment de panique : le conteneur est de couleur verte, et il contient de l'acide. Alors je montre le danger du doigt à ma compagne anglaise, et lui « donne l'ordre » d'aller cherche son portable, pour prévenir quelqu'un. En bas de la colline, il y avait une grange. J'émets l'hypothèse qu'elle ait laissé son portable dedans. Ce qui ne semble n'avoir aucun sens pour elle, et pour moi aussi d'ailleurs... Une façon de me défaire de sa présence, dés qu'elle sera rentrée dans la grange, en bas de la colline, je partirai à toutes jambes. Alors elle commence à descendre la colline à pied, se retournant vers moi, elle part chercher son portable tout en sachant que sa démarche est vaine. Oui mais voilà, le ton de ma voix, l'obligation de « faire » quelque chose, presque déjà rendue responsable de la présence de ce conteneur fou, mon « despotisme », tout cela font qu'elle « se soumet » à un acte absurde. Dés qu'elle rentre dans la grange, je réalise l'horreur de ce qu'il va se passer : le conteneur explosera le mur en bois de la grange, et l'acide se déversera. Ce sera terrible. Je la vois qui ouvre la porte de la grange, et je ne dis rien, ne sorts plus un mot. J'attends le crime, j'attends l'horreur en restant là, pourrie et lâche, irresponsable, cruauté passive, abus de pouvoir dans la réalisation d'un scénario criminel, qu'aucun tribunal ne prouvera. Pire encore, après sa mort, c'est moi que l'on plaindra en me tapant sur l'épaule. Je l'entends hurler, je ferme les yeux, et j'imagine l'acide la ronger, elle, son si beau visage, la finesse de son corps, sa voix si paisible, si aimable, si attentionnée. Je crois que j'ai eu mal, très vivement, « horriblement vivement » même. Mais je suis partie de la colline. Et même en m'éloignant, je l'entendais hurler.

Après ce rêve, je me suis réveillée. Je me suis réveillée avec une profonde envie de pleurer. Mais sans doute pas suffisamment pour qu'une larme vienne hydrater mon œil. Comme je ne sais plus aimer, je ne sais plus pleurer.

Je ne crois pas que cette fille était le fruit d'un fantasme érotique, mais si elle était de chair et de sons, elle était surtout mon miroir, bien que magnifique : là, posée en face de moi, à me parler, et moi, devenue sourde. Elle ressemblait d'avantage je pense, à la personne qui pouvait aimer, celle que j'ai tuée.

Ce rêve, ça fait deux jours déjà, mais il continue à me suivre. Je l'écris ici en espérant qu'il me lâche tout simplement.

Targethebadone


Publié dans Du personnel

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