"Les oubliées de Juarez" ... un film à voir

Publié le par whybec

« Bon » film ? « Mauvais » film ?

Primo : j'ai du mal à me positionner quand il s'agit d'une histoire vraie. On peut discuter de la pertinence du point de vue, du parti pris, ou bien simplement de l'intérêt que porte le fait rapporté.

Je ne peux que approuver le fait que les Studios Hollywoodiens aient porté sur grands écrans un film comme celui là. A ranger sans doute sur la même étagère que Blood Diamon. La comparaison est d'autant plus forte que là encore, l'acteur pilier se fait producteur. Ainsi Jennifer Lopez porte l'un des rôles principaux, au côté de Banderas, et produit aussi le film.

Certes, nous retrouvons là une partie du cahier des charges hollywoodiens, avec sa petite scène de sexe qui tentera toutefois de servir un minimum le scénario, ses cadrages suspens pour faire monter la tension. Je dirai dommage, parce que le film peut s'en dispenser. Je dirai que la performance de l'actrice n'est pas à comparer avec celle de Léonardo Dicaprio dans Blood Diamon. Il ne s'agit pas d'un rôle de composition, mais d'avantage d'un personnage qui accompagne une « histoire », un phénomène sociologique. Les personnages ne sont pas exploités en profondeur, et je dirai que les quelques tentatives pour leur donner des « histoires personnelles », n'a rien d'indispensable.

Les mauvaises langues (comme elle le dit elle-même) diront que JLO profite de sa prison aux mille ornements d'or, pour exploiter la misère du sujet et se mettre en devant de la scène. Qu'elle manque ainsi de crédibilité. Cependant, pour la petite histoire, si JLO est une redoutable femme d'affaire, c'est une personne qui semble activement travailler dans l'ombre des médias, pour « aider là d'où elle vient ». Le « là d'où elle vient » se trouve bien loin des studios paillettes et de la vie facile. Chanteuse, danseuse, actrice, cette femme née dans le Bronx, de parents portoricains, a grandi dans un quartier particulièrement violent, au milieu d'un réel désœuvrement social. Ce que je salue surtout chez les personnes de cette trempe, c'est qu'ils n'ont pas l'arrogance de donner des leçons de morale, en se posant en « «exemple » de réussite, ni en face des gens « bien nés », ni en face de ceux sui restent en arrière. Leur coup de main réside souvent dans le fait « simple », de financer ce qu'il manque, là où les gens n'ont pas les mêmes chances que les autres. Je ne saurai que saluer ces personnes qui viennent de vies particulièrement difficiles, même si parfois, comme le dit la chanson, il peut régner dans ses quartiers « bien plus d'amour que de misères ». Si l'argent remplit le frigo, permet parfois d'acheter une vitrine pour compenser ce qu'il peut manquer, c'est à dire l'essentiel pour rendre les gens heureux, ou l'envie simplement d'être heureux.

Le film relate donc une histoire vraie : milieu des années 80, des centaines de femmes, voire milliers, disparaissent du Mexique, se font torturer, tuer. Ces femmes proviennent la plupart du temps d'usine installées par des multinationales. Une sorte de « vivier » productif, qui après avoir servi les obèses internationaux, servent dans une parfaite indifférence serial killer, trafique d'organes, des meurtres ayant sans doute divers mobiles.

Par delà l'horreur de ce que vive ces femmes : un système. Un système de surproduction, au service des lobbies. Ces temps-ci, j'ai rencontré un certain nombre « d'échanges » alimentés par plusieurs sujets, qui auraient pour facteur commun : le respect et l'exploitation à tout prix. Le respect du vivant, le respect des « autres », le respect du « plus faible », quand il s'agit d'animaux ou bien ... d'humains. Ma comparaison entre un élevage industriel et un camp de concentration choque. Ce qui choque sans doute le plus, c'est le fait de mettre en tension un être humain et un animal. Je pense sincèrement que tant que des hommes et des femmes auront un tel mépris pour le vivant, ce que l'homme fait à n'animal, la nature, il le fait à ses semblables. Ce film s'écarte complètement de « l'anecdote » sordide qui sert à poser un drame humain. Il prend du recul et considère la scène du « profit à n'importe quel prix » dans son ensemble, et à l'échelle mondial.

Il ne s'agit pas d'une lecture en second plan, d'un parti pris suggestif. Les plans, les dialogues, le déroulement de l'histoire, affrontent directement le thème. Si rien n'est fait, si les autorités laissent ces femmes mourir, sans aucune protection, c'est par stricte souci de « productivité ». Tel des animaux auxquels on donne un minimum pour en tirer un maximum, ces femmes sont sous-payées, les usines travaillent sans relâche, comme des volailles poussées au maximum pour une meilleure rentabilité, et en prime, un vivier de femmes qui attire bons nombre de criminels qui agissent en toute impunité. Problème de rentabilité : protéger ces femmes coûtent trop cher, attirer les regards sur ces multinationales pourraient démotiver les investisseurs. « Tout va bien mesdames et messieurs les consommateurs, consommez, consommez, on veille au grain ». Une logique de production mondialiste, criminelle, où comme le dit Noo dans un post plus bas : « le seul respect n'est pas le vivant, mais l'argent ».

Sordide me direz-vous. Absolument. Fatal ? Absolument pas. Diffuser des images, en faire des films, écrire, utiliser les médias, représentent les moyens de faire voyager les connaissances, les prises de conscience, et de contrer ce discours qui consiste à dire (d'avantage en Occident encore) : « tout va bien, consommez, consommez, vous êtes en sécurité ».

Dans les échanges parfois houleux que j'ai pu avoir après que j'ai décris des conditions de « productions » animalières véritablement tortueuses et sinistrement optimisées pour une productivité, je dirai qu'il est trop « facile » de prendre une mine choquée en ne considérant que la comparaison entre l'homme et n'animal. Ce qu'il faut surtout prendre en compte, c'est qu'il s'agit de la même logique de production, et que rien, mais alors rien, ne fera lâcher des techniques de production qui rapportent, pas même la mort de ses semblables. H5N1 ou milliers de femmes tuées au Mexique, vaches folles ou Blood Diamon, déforestation ou travail des enfants, usines rentabilisant la misère, c'est à dire un niveau de vie très inférieur, ou exploitations d'animaux dit inférieurs, le principe est le même : tout au service de revenus d'une minorité d'hommes, qui s'accrochent à des discours misérabilistes pour légitimer leurs position.

Un film à voir ...


Publié dans De l'engagement

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