Le "fabriquant" d'intensif gay de samedi soir

Publié le par whybec

Je crois qu'il y avait une confusion du fait d'avoir mis au même endroit 2 choses pour le moins différentes, voire contradictoires : des vers de terre à l'utilité écologique et économique, et un agriculteur qui nous explique que son choix pour l'intensif a été motivé par "le confort" que cela procure : un bon salaire, sans en être responsable de façon directe, un nombre d'heures bien inferieures en comparaison d'une agriculture traditionnelle, et tout ça débouchant sur la possibilité d'un autre travail, donc un autre salaire. Entretien "franc", sans complaisance : son confort perso, il le doit à des procédés destructeurs et peu respectueux, il le sait et ne ment pas là dessus :

Samedi soir, soirée en boite. Un pote de ma copine : grande découverte, il est homo aussi. Gay et agriculteur : poulailler de dindes en élevage confiné + vaches à viande. Il a un autre métier : boucher dans une grande surface.

Plutôt honnête avec lui-même, et donc les autres, il reconnait la "destruction" engendrée par l'intensif. Il nous raconte la main mise sur les terres, la disparation de l'agriculture de proximité, ces petits bouffés par les gros, la vanité de la possession territoriale (moi ça me fait vraiment penser à des "seigneurs" en fait), les consommations invraissemblables de carburant. Il ne ménage pas non plus son discours sur ce qu'il a applelé LUI - MEME, "les camps de concentration à dindons".

On lui demande alors pourquoi il ne fait pas autrement, devant tout ce qu'il semble avoir conscience, sans en être fiers, mais sans non plus en être affecté. Sa réponse est "cash", et présente l'avantage d'être sans ménagement pour personne : une productivité massive, un temps de travail effectif largement réduit en comparaison d'une agriculture plus traditionnelle, l'appât du gain. Tout celai lui permet de cumuler 2 travails, 2 salaires donc, sans être responsable direct de ses rémunérations. Quand on lui demande son métier, il répond : "Boucher". L'agriculture, il n'en aime que l'espace qu'il possède. Son entrée dans la ronde de l'agriculture lui a permis d'acheter sa propre maison, de louer celles présentes sur le patrimoine, tout ce qu'il n'aurait pu faire en étant simple "salarié". Bref, il considère que si les gens veulent bien gagner leur vie, avec des qualifications minimums, il faut savoir profiter des bons plans, comme celui là. Il sait que cela ne durera pas, parce qu'on ne peut pas continuer à produire de la sorte, mais il est heureux d'en avoir profité pour préparer la suite. La suite ? Son salaire de boucher, les loyers des fermes achetées et rénovées dans le "pack agricole", de la terre qu'il revendra, et de la terre pour lui, pour continuer à produire ses propres besoins, mais bien autrement.

Les premiers concernés par des procédés qui ont peu d'égard pour le repect de tous, semblent si "passifs" devant la nécessité à "changer" le système de production, et ce que nous consommons. Cette rencontre m'a laissée un drôle de goût dans le coeur en fait. Ce type n'a pas cherché à dissimuler, à mentir, à se mentir, à nous mentir, il a décrit des choses telles qu'elles sont, des images précises. Dérangeant ? Oh que oui ... peut-être bien d'avantage que la mauvaise foi en somme, qui elle, est juste simplement facilement identifiable. Ce qui est dérangeant, c'est que ce discours sonne un peu comme une personne qui expliquerait pourquoi il commet des pillages, obliger de tuer de temps en temps : "oui, c'est vrai, je n'en suis pas fièrs, mais si je veux vivre confortablement ici, c'est soit "ça", ou bien l'usine et l'endêtement, le chômage, être obsédé par le moins chers, le loyer, les charges ... Alors j'ai fait un choix."

Et à cela d'autres pourraient ensuite venir "piller" ou occuper tous ces biens pris certes dans la légalité, mais pas dans la légitimité. D'autres qui pourraient juste tenir le même discours ... Ca fait flipper de voir où le fossé, qui régide l'exploitation des uns par les autres, nous amènent ...


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Publié dans De l'engagement

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