Bruno parmentier : nourrir l'humanité

Publié le par whybec

Alors voilà, je fais plus qu'avancer dans le livre, et je peux d'avantage en parler.

Au début de son ouvrage, il défend l'idée qu'il ne faut ni être du milieu agricole, ni être nutritionniste pour pouvoir parler de la faim dans le monde. En effet ... alors n'étant ni l'un, ni l'autre, je vais pouvoir me permettre très sereinement de poser ma critique.

L'argument du regard exterieur : pourquoi pas ? Seulement, l'argument ressemble d'avantage à une rhétorique excusant le fait d'être peu crédible ... Ce monsieur n'a en effet aucune liaison avec le monde agricole, ou une autre formation lié à l'alimentaire ou la faim dans le monde, mais a simplement été nommé par le gouvernement Sarkosyste, pour occuper le poste de directeur d'une grande école agricole. Là, on peut déjà sourire, et plus encore quand on lit la suite ...

Il présente la France des intellectuels comme celle des détracteurs traditionnels, assimile la critique qui dénonce la surproduction comme étant un entretien de la faim dans le monde, au profit de l'agroalimentaire, à une tradition cynique culturelle française. Il accompagne son verve d'un courant qui encourage la France dans les réformes du gouvernement ... En lisant son livre, il y avait comme une ombre derrière ce bouquin, celui d'un chef d'état qui a peut-être couvert l'édition bouquin. Un livre qui en soi, ne présente d'ailleurs aucune vertu littéraire, mais ressemble d'avantage à un discours politique truffé d'incohérences ...

En parlant d'incohérence, vous trouverez en trois pages une addition de contradictions invraissemblables. Un texte argumentaire aussi implaquablement "vrai" que l'illusion d'un discours politique, avec ses impasses. Un texte qui se concentre sur les pentes, un discours politique qui tait et détourne maladroitement les attentions, des attentions qui s'interrogent sur les descentes que l'on trouve aprés chaque pente ... Un livre qui ressemble à une présentation de programme, un exposé qui se dispense toutefois de toute intervention journalistique, toute question. La France intellectuelle qui ferait partie de ces "insupportables" tradtions françaises, les organismes de la faim dans le monde qui n'y connaissent pas grand chose, admettons. Mais quand 4 lignes plus loin, ce monsieur met en avant une autre vieille tradition, et peut-être la plus notoire, le chauvinisme (mot inventé pour les français sous Napoléon, pour désigner des soldats patriotes agressifs), pour dire que la France possède la meilleure cuisine, l'agriculture la plus performante, sans annoncer de chiffres, ou expliquer sur quels critères il se base. Là, on sourit encore ...

Après avoir fait l'exposé de la grande performance de l'agriculture française, en se référant à des époques et phénomènes absolument sans aucune valeur comparative les unes avec les autres, il explique sans d'avantage de gêne qu'il est temps de « mettre au pas » (je site), l'agriculture française ... Donc, d'un côté un agriculture au top mondiale, afin d'évincer toutes critiques, et de l'autre, une agriculture qu'il est grand temps de réformer, comme le préconise ... le gouvernement. Monsieur Sarkosy apparaît comme un concept intégrant totalement la dimension de son livre ... No comment quand à sa crédibilité, son objectivité, son regard "neutre"... D'ailleurs le simple fait d'avoir été nommé par le chef de l'état dans cette fonction, suffit à légitimer son livre ... là où les organsimes de la faim dans le monde ne sont pas habilités à exposer le pourquoi de ce drâme ... J'ai envie de dire, pour gober un tel niveau de supperficiel, de contresens, faut-il être juste un agriculteur de complaisance, souhaitant simplement un "blabla" bien mis en forme, comme le sermon d'un curé qu'on écoute à demi endormi. Un lieutenant du gouvernement qui s'en va battre les campagnes avec de quoi "rincer les gueules à l'oeil", pour présenter un blabla du gouvernement. Un blabla qui promet notamment un droit de cuissage absolu pour ceux qui sont déjà bien implantés dans l'armée de l'intensif ...

Revenons à cette agriculture performante. Pour la présenter, il se repose sur des chiffres référence : on mourrait à 50 ans durant les époques des deux dernières guerres, le nombre de disettes pendant la guerre, il y a deux cents ans, on vit aujourd'hui jusqu'à plus de 80 ans ... et on ne rencontre plus de disette, en France. Qu'on se le dise, la France est au centre de tout, comme ... le livre joue vraiment sur le nerf du patriotisme, et étant donné le contenu, cela ressemble vraiment à un discours de rabattage qu'un texte argumentaire.

De ces mêmes arguments, il évite leurs paradoxes, pourtant énormes : par exemple, le fait que les calculs d'âges pour la mortalité, sont faits en fonction de toutes les mortalités. Il fait donc l'impasse de ces millions de gens morts de la guerre, et non du reste, des gens jeunes pour la plupart, faisant donc chuter grandement la moyenne d'âge de la mortalité. Même impasse quant à une réalité notoire : les 2 seules causes des disettes, toujours d'actualité dans le reste du monde : le monopole des terres par les seigneuries, et les guerres ... L'énormité tient au fait qu'il désigne de façon précise les pèriodes de ces disettes : "pendant la guerre", ou "à l'époque où les seigneurs ...." !


La faim dans le monde ... Des chiffres qui feront ouvrir grands les yeux des ménagères, et les bac – 4 ... Aucun sur le fait que ce soit la plus petite partie du monde et la moins habitée, qui produit le plus. Aucun sur l'état de dépendance des pays mal nourris vis à vis du lobbie agroalimentaire. Quant aux terres de ces pays qui sont ravagés par les guerres, empêchant toute production agricole, rien n'est dit non plus sur un occident qui sponsorise ses guerres, pour des intérêts pétroliers, ou pour maintenir en état de dépendance ces populations, devant le plus gros business mondial : l'alimentation. Une impasse totale sur des conditions climatiques, auxquelles contribue grandement la production intensive ! En d'autres termes, un vrai foutage de gueule.

Pour défendre le lobbie, parce qu'il s'agit uniquement de « ça », il se réfère à la France : comment un agriculteur nourrissait à peine 9 personnes au 20 ème siècle, et comment il en nourrit 100 aujourd'hui. Les conséquences de cette surproduction locale, rien, la tuerie des petites exploitations, rien, l'expansion d'une des branches du lobbie, la grande distribution, oui, mais du bout des lèvres, pour d'avantage expliquer que cela permet de casser les prix et rendre accessible l'alimentation. De qui on se moque là ?

Parfois, on entre dans le comble de l'intolérable mensonge. Oser dire "que lon voit par la télévision que les "clients" des restaurants du coeur sont devenus exceptionnels". Mon dieu ... depuis quand ce que le gouvernement choisit de montrer à la télévision est le reflet-il de la réalité ? Comment tenir de tels propos, quant bien au contraire, non seulement les repas servis dans ce type d'association vont en croissance, mais quand la faim et la pauvreté des pays riches obligent les gens à aller faire les poubelles de la surproduction !!!

Les arguments sont souvent peu creusés, et se raccrochent à des chiffres qui ne veulent rien dire, quand ils ne sont pas accompagnés des méthodes de calcul, et s'ils ne sont pas mis en tension avec des chiffres voisins ... Un chiffre qui grossit, ou bien qui s'amenuise, obéit à la loi des vases communiquants ... Quand l'un apparaît, un autre disparaît, il n'y a pas de génération spontanée. Tout directeur d'école qu'il est, il semble l'ignorer.


Quand à l'image de l'agriculteur ... Parlons en ! Un couplet invitant les dames à venir découvrir ces hommes bien éloignés de la ringardise, au plus proche de la performance et de la modernité ... Quand on sait que ce livre s'adresse principalement à eux, on a de sérieux doutes, quant à leur faculté de réflexion ... On imagine très bien ce monsieur en chemise ouverte, serrant les mains du monde agricole le dimanche à la sortie de la messe et des bistrots , une semaine avant des élections municipales ...

Il caresse dans le sens du poil ce monde qui n'a d'autre amour de leur métier, que la tradition familiale quand elle a survécu, le plus souvent profitant d'une reprise facile, mais surtout, le goût de la possession, et de l'argent. D'un point de vue personnel, je confirme les "défauts injustes" qu'on donnent aux agriculteurs :

Peu d'hygiène personnel ; polluant ; peu de respect de l'environnement et des équipements collectifs en général, parfois mal-traitants avec leurs animaux, que ce soit parce que négligeant dans leur tache, ou par maltraitance directe ; cherchant toujours l'appât du gain, avec un minimum d'effort ... Quand à leur aspiration personnelle, désolée mesdames de contredire ce monsieur, mais je n'ai jamais vu un agriculteur qui ne soit pas écolo, ou qui vienne d'un autre horizon, lire un livre, ou regarder un film autre que « les bronzés blabla », ou encore « Indiana Jones ».


Bien entendu, rien n'est à généraliser, mais si on parle de la majorité ... on est loin d'un chef d'entreprise directement responsable de son entreprise.

Alors quand ce monsieur le politique explique que les subventions européennes, même si ce sont les plus importantes, sont légitimes pour « sauver » la faim dans le monde, on rit encore plus ... le sous entendu étant de serrer les budgets culturels, sociaux, le pouvoir d'achat des français, pour servir le plus grand maître du monde, l'agroalimentaire occidentale ...


Ce livre, dans sa globalité, arrive au moment où Sarko prend la tête de l'Europe, et voudrait faire exploser les cotas de l'intensif. Qu'on produise de la viande ou du céréale, le problème, c'est que encore une fois, rien n'est pensé pour le profit planétaire, que ce soit la faim dans le monde ou les ours et tant d'espèces, dont la notre, que chaque convois de productions internationnales agricoles envoie à la mort. Mais étant donné des ressources qui s'amenuisent, ce livre théorise comment continuer à surproduir localement, rendre la population mondiale dépendante, tout en s'adaptant aux faits que l'intensif ait déjà terriblement abîmé son propre outils de production : les ressources naturelles ...

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Publié dans De l'engagement

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