En attendant Harry Potter, je fais ce que je peux !
Ben voilà, chose d'une banalité extraordinaire, je suis tombée amoureuse. Jusque là, zéro problème. Alors vue qu'il y a un début à chaque histoire, nous avons eu, et avons encore, notre début d'histoire.
Tout allait bien, tout était rose. Comme tous les débuts d'histoire me direz-vous ... oui ... et bien non. D'abord parce que mes débuts d'histoire ne sont jamais « tout roses », quand je sens que je peux aimer une personne. Je rejette, j'ai peur, je flippe, trop de « changement » émotionnels, ect ... Et puis, ça faisait quelques années à présent que pas l'ombre d'un atome de sentiment s'apparentant à l'amour avait pointé le bout de son nez. Et le plus « triste » diront certains, c'est que cela ma convenait tout à fait : dans cet état de non amour, d'avantage de sérénité, pas de manque, ni sentiment de solitude, et une énergie consacrée à d'autres choses, d'autres gens aussi. Je m'étais accordée de vivre des aventures, sans aucune culpabilité. Quelque chose qui ressemble à une tranquillité réelle. Et puis aussi, une flemme immense à vivre des prises de têtes, des angoisses, des tensions, même si pour meilleures réconciliations. Plus aucun besoin de me réconcilier avec qui que ce soit.
Mais voilà, je l'avais remarquée derrière son comptoir, dans son officine, et elle aussi, moi la cliente. Aucune approche n'était réellement possible, je passais peu, empreinte de ma culture parisienne anonyme où l'on échange peu, où les rapports « clients / professionnels » sont brefs, concis, précis, je ne laissais aucune place à l'échange, d'avantage encore du fait de mes rares passages dans son officine. Ce fut par un extraordinaire coup de poker, de hasard savamment mis en place, qu'on s'est parlé ailleurs, autrement, virtuellement, sans même que je sache qui elle était, sans même que je sache que elle savait qui j'étais derrière ce pseudo. Et pus la rencontre, j'étais désarçonnée de voir que c'était ce bout de femme que je croisais parfois, qui avait fait sourire mon regard, juste pur le plaisir des yeux et des petits détails que l'on aime regarder chez une personne, désarçonnée de voir qu'elle savait à qui elle parlait sur Internet, de son certain culot à ne rien dire, à jouer, et à amener notre rencontre comme une évidence que aucun acte manqué ne pouvait éviter.
Il nous a semblé « comprendre » que notre rencontre allait changer des choses pour nos vies ... Je dis « semblé comprendre », parce que je crois que ce qu'il y a de seule magie dans ces rencontres, c'est que l'on spécule, on réfléchit, on élabore, on mesure, on prend du recul, mais on ne connaît pas la formule « magique » qui fait que l'on aime, ou pas. Le premier bouleversement pour ma part, fut de ressentir des émotions totalement oubliées, dont je n'étais pas même nostalgique. Et puis je me suis rendue compte que non seulement je tombais amoureuse, mais je l'aimais progressivement. Je ne saurai parler à sa place, mais il me semble que le miracle fut aussi important pour elle, du fait de son histoire, du fait d'années sans éprouver cet amour qui ne se conjuguait qu'au passé . Un amour pour lequel nos vies accordaient une importance toute relative, puisque uniquement possible en se référant à un souvenir.
Bien entendu, je suis restée fidèle à moi-même, avec mes peurs et mes flips et mes trucs machins choses ... du genre, repli de mes émotions, gestion de ce « renouveau », réflexion, pas de hâte, et j'en passe ... mais il me suffisait de regarder son sourire, toute la vie qu'elle dégageait pour laisser tomber mon armure de solitaire, et revenir à une « vie vivante », avec sa part de spontanéité, d'émotions incontrôlables.
Et puis un jour le ciel a commencé à s'assombrir, un peu, puis plus souvent. Une sorte de dépression s'est mise à la gagner. Et puis non, pas une ombre sortie de nulle part, plutôt une ombre qu'elle avait déposée sur le bas côté de sa route au début de notre rencontre, une ombre dont elle s'était éloignée. Mais cette ombre s'est mise à se déplacer à nouveau vers elle, puis à courir vers elle, et l'ombre lui a rattrapé la main. Mon amour a deux sourires à présent : l'un si joyeux, si sensuel, si amoureux parfois, et l'autre si angoissé, si triste, si tiré vers une sorte de monde gris, là bas, derrière.
Je suis là, coincée entre ses deux sourires, parfois ses larmes. L'ombre n'est pas d'un gris uni, elle porte des prénoms, des événements, des dates, des lieux ... Elle se retourne parfois pour la regarder en face, et je sens tout son être trembler de peur, tout son corps aussi, s'éloigner de moi. Je ne peux faire qu'être présente, attendre, parler, l'écouter. Je ne peux que gérer mes envies de coups de gueule quand je la vois irrésistiblement « s'aider » de ce que la population populaire entière cautionne, encourage une tape dans le dos, sous couvert d'allures festives, comme s'il fallait marquer des points en cherchant ce que chaque crépuscule peut avoir d'événements à célébrer. Je connais ces désirs de fuite, ces envies de débrancher. J'ai appris à les gérer autrement, notamment en allant voir ailleurs si j'y suis, dans ces ailleurs. Ailleurs que dans mon quotidien, ma routine, tous ces éléments qui facilitent le trajet de mon ombre à moi, vers moi.
Elle est la personne la plus attentionnée que je n'ai jamais rencontrée, la plus prévenante, sans doute la plus intègre aussi, dans son travail et dans sa vie. C'est sans doute ses mêmes qualités humaines qui l'ont amenée à s'arrêter sur les paysages d'un monde dans lequel elle avançait, ou plutôt dans lequel on la tirait, vite, sans prendre le temps de regarder, de réfléchir un peu, de se poser. Elle coupe la corde qui la tirait, et décide doucement d'avancer d'elle-même. Une perte d'équilibre, des vertiges aussi, mais l'incroyable liberté d'être soi petit à petit, et non plus perpétuellement la personne attendue.
J'oscille dans des sentiments contradictoires, parfois sereine, confiante, aimante, présente, et, parfois pas ... je tourne en rond sans aucun pouvoir d'action, je ne maîtrise rien, je ne peux que être là. Est-ce suffisant ? C'est déjà beaucoup me dira t-on. Je sais. J'ai payé le pris fort dans ma traversée de mes néants, celle de la solitude et de l'indifférence. J'avais le néant social pour achever le tableau, le néant familial, et la trahison de l'amours éphémère, vampire parfois, qui se retirent quand il n'y a plus rien à manger. Je suis restée là à sombrer, sans avoir la chance de pouvoir juste tomber. J'en suis ressortie plus forte, mais ma force n'a t-elle de raison d'être que pour ma personne ? Ne peut-elle pas être partagée ?
Sur le registre émotionnel, je ne suis pas de celles qui lâchent des mots facilement,. J'ai parfois même du mal à les entendre, tellement ils sont employés à tour de bras, pour des émotions caméléons, s'agrippant à la peau de l'amour, ne faisant qu'en imiter une pâle couleur. L'histoire du lampadaire qui se prend pour la lune ... Je la vois parfois si tremblante. Je me sens certes impuissante devant son désarroi, mais je n'imagine pas pouvoir la laisser se débattre, sans être ne serait-ce que présente. Elle attend le coup de baguette magique, celui qui lui « dira », lui « montrera », répondra à toutes ses questions. Il n'existe pas, et ce chemin demande beaucoup d'énergies et de temps. Parfois, je plonge dans tous ce que je sais de la magie de la vie, de la survie, de l'espoir, je fouille mon livre aux milles formules, je retourne à la lampe torche dans ce que j'entasse de plus précieux, parfois, je la voudrai tellement aussi cette baguette magique.
Bordel ... que c'est incroyable d'aimer quelqu'un, que c'est troublant. Je refusais tous ces soleils et ces abîmes, et me voilà imprégnée jusqu'à mes os de ces odeurs. Et je ne veux pas m'en défaire ...
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